• Football data : Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus : Et autres mystères du football décryptés


    Le Big data est présent de plus en plus dans le football et on en parle de plus en plus. Si vous voulez plus infos sur le big data dans le football, consultez la page Qu'est-ce que le Big Data dans le football?
    Je vous fait un petit cadeau en vous présentant un extrait d'un livre qui s'intitule "Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus : Et autres mystères du football décryptés"
    Un livre complet et intéressant, je vous laisse découvrir l'extrait pour vous donner une idée du livre. Il peut avoir quelques fautes d'orthographe et de compréhension suite à la retranscription pour cet article mais dans le livre, c'est dans un parfait français. Voici le lien du livre sur Amazon
    Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus : Et autres mystères du football décryptés

    Extrait du livre Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus 

    C'est à la fin des années 1980 qu'Arséne Wenger, diplômé en économie et féru de maths, a commencé à utiliser le programme informatique Top Score pour la gestion de son effectif. Ce programme, développé par un ami, attribuait notamment une note aux joueurs sur chaque fait de match. Wenger dira plus tard s‘ La plupart des joueurs qui avaient de trés bons scores ont eu de grandes carrières ».
    Mais les Olsen, Wenger et Lobanovski étaient en avance sur leur temps de plusieurs années. Les statistiques ont fait une percée décisive en 1996 quand Opta Consulting a commencé à
    collecter les données de match». Le principal objectif de cette société de consulting en management était de construire sa propre marque en proposant des classements originaux. Pour la petite
    histoire, c'est Carling, le sponsor à l'époque de la Premier League, qui a financé 1" Opta Index 1», les clubs et les médias ayant les données à disposition gratuitement. Les clubs ne recevaient, à
    l'origine, qu'un document Excel avec quelques statistiques basiques, ce qui peut paraître primitif au regard de la sophistication des statistiques produites aujourd'hui, mais qui était révolutionnaire pour le football de l'époque.

    En l'espace de quelques années, le football, qui souffrait d'un manque criant de données, a été abreuvé de quantités impressionnantes d'informations. Trés vite, Opta et ses rivaux ont
    commencé à envoyer des milliers de données aux clubs chaque semaine et ces derniers se sont mis à s'intéresser à des choses qu'ils avaient toujours ignorées : le nombre de kilomètres courus par
    chaque joueur dans un match, le nombre de tacles et de passes réalisés.
    Collecter ces chiffres nécessite un travail trés méticuleux. Si tout le monde reconnaît l'influence de l'informatique sur nos vies, le travail des sans grade tombe en revanche souvent dans l'oubli. Leur vie est loin d'être idyllique. Les douzaines d'4 analystes 1» des bureaux d'0pta à Londres (situés à côté de Waterloo Station) ne prétent aucune attention à la vue spectaculaire qu'ils ont sur la ville.
    Nous avons visité les bureaux d'0pta en octobre 2011, le lendemain de la victoire de Manchester City à Old Trafford sur le score de 6-1. Deux jeunes hommes étaient assis côte à côte,
    chacun devant son ordinateur, et regardaient les mémes images du match sur l'écran. L'un compilait les données relatives aux actions de City, l'autre celles de United. La veille, deux autres
    personnes avaient pourtant déjà compilé les données du match, assistés par une troisiéme personne surveillant la qualité des données, mais, comme le dit John Coulson, en charge du
    développement des relations avec les clubs d'0pta, l'entreprise aime répéter la procédure avec ? d'autres paires d'yeux 1». ? Nous collectons 2 000 événements par match, chacun d'entre eux étant
    associé à un rime code et une coordonnée sur le terrain,
    Les analystes d'0pta encodent avec minutie tous les matchs télévisés qui leur tombent sous la main, de la Premier League aux championnats américain ou monténégrin. S'ils
    travaillent pour la plupart à Londres, certains d'entre eux sont établis dans des bureaux régionaux implantés à New York ou en Vénétie. Tous ceux que nous avons rencontrés étaient des hommes
    d'une vingtaine d'années, au teint blafard et à l'apparence savamment négligée. En majorité, ce sont de jeunes diplômés n'ayant pas pu résister à la tentation d'être (trés mal) payés à regarder des
    matchs de football. ? Nous n'embauchons qu'un candidat sur 20 ou 30 1» explique Coulson.

    Petit à petit, les managers se sont mis à s'intéresser aux statistiques produites par les fournisseurs de données. En 2001, Alex Ferguson a vendu très soudainement, à la surprise générale, son défenseur J aap Stam à la Lazio de Rome. Certains ont pensé que c'était une maniére pour Ferguson de punir le Hollandais pour une autobiographie stupide qu'il venait de publier. En réalité, et méme si Ferguson ne l'a pas avoué publiquement, ce sont au moins en partie les statistiques de Stam qui ont précipité cette vente. En étudiant les données de prés, I-‘erguson s'était rendu compte que Stam taclait de moins en moins et avait donc fait l'hypothèse que son défenseur de 29 ans était sur le déclin. Pour cette raison, I-‘erguson s'était résolu à le vendre.
    Comme Ferguson l'a confessé plus tard, c'était une erreur. À l'instar de nombreuses personnalités du monde du football lors des premiéres années de l'utilisation intensive des statistiques, l'Écossais ne s'était pas intéressé aux chiffres pertinents. Stam n'était pas du tout sur le déclin : au contraire, il était méme sur le point de réaliser d'excellentes saisons, dont a bénéficié Rome. Il n'en reste pas moins que ce transfert est une étape importante dans l'histoire du football puisque c'était le premier à étre en grande partie motivé par des statistiques.
    Wenger, le rival de Ferguson, s'est lui aussi mis à utiliser les nouvelles sources de données. Il a par exemple déjà déclaré qu'il était comme un drogué en manque le lendemain des matchs : il lui faut ses tableaux de données. Comme le dit Aidan Cooney, le directeur d'0pta, ? Wenger a toujours aimé jeter un œil aux moyennes et aux tendances 1».
    Méme si la chose est difficile à croire, ? Big Sam 1» Allardyce, le manager de West Ham recéle, sous ses airs d'homme de Neandertal, un esprit assez professoral. Lors de son passage en
    tant que joueur chez les Tampa Bay en Floride, Allardyce avait été fasciné par la façon dont les sports américains mettent à pro?t la science et les données. Lorsqu'il est devenu manager de la
    modeste équipe de Bolton en 1999, Allardyce n'avait pas les moyens suf?sants pour recruter les meilleurs joueurs et a donc recruté de bons statisticiens à la place. Ces analystes sont tombés sur
    un chiffre qui a enchanté Allardyce : dans un match moyen, le ballon change de porteur 400 fois.» Pour lui, cela illustrait l'importance de revenir en défense immédiatement au moment ou l'équipe perdait le ballon.

    En 2003, la révolution statistique dans le football a pris un nouvel élan lorsque LIichael Lewis a publié Moneyball (consacré, pour rappel, au baseball).  J'en ai acheté vingt
    exemplaires et j'en ai envoyé aux managers de tous les clubs de Pœmier League» se souvient Cooney. Aprés une pause, il glousse : ? Je n'ai pas obtenu une seule réponse ! » Néanmoins, quelques
    membres du milieu du football anglais ont lu le livre et ont été interloqués. Ils se sont mis à réfléchir pour savoir comment mettre en place un «Moneyball du football 1», c'est-à-dire utiliser les
    statistiques a?n de trouver de nouvelles maniéres d'évaluer les joueurs.

    Le hasard a fait qu'au moment ou des dirigeants de club de football se sont mis à s'intéresser à Billy Beane, le héros de MoneybaII, Beane lui-méme s'était mis à s'intéresser au football.
    Beane avait découvert le soccer lors de vacances à Londres avec sa femme et s'en était entiché. I-‘orde, qui a étudié à San Diego, la ville ou Beane a grandi, a entrepris de faire un pélerinage à
    Oalxland pour l'interroger sur son utilisation des statistiques. Cela s'est avéré compliqué puisque Beane a passé les premiéres heures de la conversation à lui poser des questions sur le football. ? Ce
    n'est que dans la derniére demi-heure que je suis arrivé à le faire parler de son rôle dans le baseball »

    Au début de l'année 2011, Simon a rendu visite à Beane au Oalxland Coliseum. Ils ont discuté dans ce qui semblait étre le débarras mais qui était en fait le clubhouse. En fait, il est
    fréquent d'y trouver Beane allongé sur le canapé à regarder des matchs de football européens en présence de joueurs de baseball plutôt sceptiques. Pour Beane, le soccer est un sport empli
    d'émotions, or il sait que les individus prennent des décisions souvent irrationnelles là ou l'émotion a une place trop importante.
    Selon Beane, le football suivra la voie du baseball en devenant plus ? scientifique ».  Je dis toujours que, dans un casino, il y a une raison si les personnes qui comptent les cartes, contrairement à celles qui parient en fonction de leur intuition, se font mettre dehors 1». Beane concéde que les chiffres ne transformeront pas le football comme ils l'ont fait pour le baseball parce que le premier en a tout simplement moins besoin. En revanche, tous les clubs finiront par utiliser les statistiques si cela fournit un avantage.
    Le francais Damien Comolli, un ancien assistant d'Arséne Wenger, est l'ami le plus proche de Beane dans le milieu du football. Leur rencontre a notamment été facilitée par le fait que
    Comolli a vécu un an dans le sud de la Californie quand il était jeune. I-‘an de baseball et des Athletics d'0al:land en particulier, il était le lecteur idéal deMoneybaII. Lorsqu'il est devenu directeur
    sportif de Tottenham en 2005, il a tout de suite fait en sorte que le club utilise les statistiques pour prendre de meilleures décisions sur le marché des transferts.
    Si l'avènement des statistiques dans le football n'est pas surprenant, son retard, en revanche, l'est beaucoup plus. En effet, les cadres surdiplômés ont pris le pouvoir depuis longtemps
    dans les entreprises londoniennes qui toutes ont désormais recours à l'exploitation de données et à l'informatique. Il aura fallu un moment pour que les clubs londoniens rattrapent leur retard.
    Pourtant, Comolli a du faire face à de nombreux déboires lors des trois années passées chez les Spurs. Le football britannique s'est toujours mé?é des individus qui avaient fait des études puisque le manager-type est presque toujours un ancien joueur qui a quitté l'école à seize ans et qui dirige son club comme un dictateur.

    A Tottenham, Comolli a du mener de multiples batailles ?». Rétrospectivement, il est clair qu'il a déniché quelques excellents joueurs pour le club : Lulla Modric, Dimitar Berbatov et un jeune de 17 ans, inconnu à l'époque, Gareth Bale. Certains de ces choix ont, par contre, échoué : utiliser des
    statistiques ne peut qu'augmenter la probabilité de trouver le joueur dont on a besoin, mais ne peut en aucun cas garantir la réussite. Globalement, Comolli a obtenu de bons résultats mais a
    quand méme été poussé vers la sortie car les forces de la tradition étaient trop puissantes.
    En matiére de connaissances et de savoirs, le monde se divise en deux avec d'un côté les libéraux et de l'autre les conservateurs. Les conservateurs ont tendance à croire que nous avons
    atteint les limites de ce qu'il est possible de savoir et qu'essayer de creuser davantage est non seulement inutile mais immoral (ils pensent qu'il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir). Les
    libéraux, eux, ont tendance à croire que, mémé si nous ne savons pas comment fonctionnent les choses, une analyse patiente et minutieuse finira par résumer le probléme à un ensemble réduits
    de relations intelligibles. Depuis la Renaissance, les chercheurs ont essayé d'expliquer ou allaient atterrir les boulets de canon et... les conservateurs ont fini par s'incliner. Les exemples de
    choses que l'on pensait inexplicables et dont on connaît désormais le fonctionnement sont innombrables, de l’aérodynamique à la transmission des maladies. Aujourd'hui, les neurologues
    commencent à comprendre pourquoi nous aimons certaines choses et pas d'autres, comment nous tombons amoureux et ce qui fait que nous réussissons dans la vie. En fait, la peur ultime des
    conservateurs est que nous puissions un jour en savoir tellement sur le futur qu'il ne reste plus aucun choix à faire, et que l'univers soit tellement prédéterminé que personne ne s'embéte plus à
    quitter son lit le matin.
    Dans le football, les conservateurs ont battu en retraite mais il y a une question encore à laquelle les nouveaux ner?s doivent répondre. En effet, les conservateurs pourraient dire que
    les statistiques sont utiles dans un sport avec des séquences clairement délimitées comme le baseball - le lanceur lance, le frappeur frappe et cela permet de récolter des masses de données claires
    à étudier pour les nerds- mais que le football est un sport trop fluide pour étre mesuré.
    Alors, le football est-il vraiment trop fluide pour les statistiques ? Forde répond s‘ Eh bien, je pense que c'est une excellente question, c'est celle que nous nous posons tout le temps ! 1»
    Toutefois, les nerds peuvent y répondre. En effet, les statisticiens sont capables de s'attaquer à des problémes complexes. A Chelsea, par exemple, Forde a recruté une personne qui travaillait
    auparavant dans la modélisation des assurances. Il n'y a donc pas de raison que le football, un sport ou 22 hommes (ou femmes) jouent sur un terrain limité avec des régles clairement dé?nies,
    pose de problémes particuliers.
    De plus, le basketball, sport tout aussi fluide que le football, a réussi à faire un excellent usage des statistiques. Beane dit notamment : ? Si on est capable de le faire avec le basket, on
    peut le faire avec le foot 1». Enfin, un tiers des buts sont marqués lors de séquences absolument non ?uides (corners, coups francs, penaltys, touches) qu'il est possible d'analyser à la manière du baseball.

    les nerds peuvent permettre à des clubs intelligents d'éviter de nombreuses erreurs sur le marché des transferts. Par exemple, il est curieux que les salaires des gardiens et les indemnités de transfert les concernant soient plus faibles que pour les attaquants alors qu'ils ont des carrières plus longues. Autre erreur courante : les clubs recrutent souvent des joueurs de grande taille mais ont tendance à les faire jouer moins souvent que les plus petits une fois réalisé qu'ils ont surestimé l'importance de la taille. Aujourd'hui encore, trop peu de clubs se posent des questions basiques du type : marquons-nous plus de points quand tel ou tel joueur est sur le terrain ?
    Étant donné qu'il est possible de recruter une trentaine de statisticiens pour le 1,75 million d'euros annuels que coûte un joueur moyen de PremierLeague, cela vaut sans doute la peine
    de payer quelques nerds pour se pencher sur ces questions. Pourtant, la méfiance du football pour les chiffres n'a pas complètement disparu. Laisser un statisticien, fut-il au top niveau,
    interagir avec un manager de football traditionnel n'est pas vraiment la bonne combinaison 1» reconnaît Forde.
    Eu égard à cette suspicion rampante, il n'est pas étonnant que les clubs ayant mené la révolution des statistiques soient ceux dont les managers eux-mémes avaient foi en les chiffres.
    Au début des années 2000, Arsenal et le Bolton d'Allardyce évaluaient déjà les joueurs d'une façon proche de celle que les financiers utilisent sur le marché des bovins (plus précisément sur le
    marché à terme des bovins). Prenons l'exemple de l'achat par Bolton de Gary Speed, milieu de terrain de 34 ans, en 2004. Sur le papier, Speed était trop vieux. Mais comme nous l'a dit I-‘leig,
    ? Bolton avait la capacité d'analyser ses données physiques et de les comparer à celles des meilleurs jeunes joueurs de l'époque évoluant au méme poste, les Steven Gerrard ou Frank Lampard. Pour
    un joueur de 34 ans, parvenir à des niveaux de performances équivalents à ceux de ces joueurs et l'absence de baisse de régime sur les deux années qui précédaient a contribué à nous faire penser
    que son âge ne serait pas un réel problème 1». Et, effectivement, Speed a joué pour Bolton jusqu'à l'âge de 38 ans.
    A peu près à l'époque ou Bolton a acheté Speed, Arsène Wenger s'était mis a la recherche d'un remplaçant à son milieu de terrain Patrick Vieira. Comme Christoph Biermann le relate
    dans Die PhssbaII-Matnbc, Wenger voulait avant tout un joueur capable de courir vite très longtemps. En passant à la moulinette les statistiques des différents championnats européens, Wenger
    est tombé sur un adolescent inconnu de l'0lympique de Marseille, Mathieu Fllamini. Celui-ci était capable de parcourir 14 kilomètres par match. Considérée isolément, cette statistique n'était pas
    suffisante. Flamini courrait-il là ou il le fallait ? Savait-il jouer au football ? Wenger est allé le voir et s'est rendu compte qu'il pouvait l'enrôler pour des cacahuètes, ce qu'il a donc fait. I-‘lamini a
    donc parfait sa formation à Arsenal avant d'étre revendu au Milan AC pour une somme beaucoup plus importante. A propos de Wenger, Beane dit qu'il ? est incontestablement le dirigeant sportif
    qu'il admire le plus 1».
    A l'inverse, les clubs se laissant à l'intuition de leurs dirigeants plutôt qu'aux statistiques ont commencé à souffrir. En 2003, le Real Madrid a vendu Claude Makelele à Chelsea pour
    24 millions d'euros, ce qui pouvait paraître une indemnité élevée pour un milieu défensif discret de 30 ans. ? Makelele ne nous manquera pas 1» avait dit à l'époque le président du Real, I-‘lorentino
    Pérez. ? Son niveau technique est moyen, il manque de rapidité et d'aisance pour subtiliser le ballon à ses adversaires. De plus, 90 96 de sa distribution de balles se fait soit vers l'arrière soit sur les
    côtés. Enfin, son jeu de téte laissait à désirer et il passait rarement le ballon à plus de trois mètres. Les jeunes joueurs feront vite oublier Makelele. 1»
    Méme si les critiques de Pérez n'étaient pas toutes complètement dénuées de fondement, le Real a commis une terrible erreur puisque lIIakelele allait faire cinq superbes saisons à
    Chelsea. Aujourd'hui, il y a méme un poste du jeu qui porte son nom : le ? rôle de Makelele 1». S'il avait étudié les chiffres de plus près, le Real lIIadrid aurait pu percevoir ce qui en faisait un joueur
    unique. Voici ce que nous a expliqué Forde : ? La plupart des joueurs ne sont très actifs, en termes de course de haute intensité, que lorsqu'ils se dirigent vers le but adverse. Très peu de joueurs sont
    vraiment forts lorsqu'il s'agit d'aller dans l'autre sens g 84 ä de son travail de haute intensité correspondaient aux périodes ou l'équipe adverse avait le ballon, ce qui était deux fois plus que
    n'importe qui d'autre dans l'équipe 1».
    S'il est vrai que l'on pouvait regarder un match en se demandant si Makelele se trouvait sur le terrain, il était en revanche bien présent quand on jetait un coup d'œil aux statistiques.
    De la méme façon, le style de course traînant de Yaya Touré pourrait donner une impression de lenteur alors que les chiffres disent tout le contraire. Comme le dit Beane: ? les statistiques vous
    permettent de ne pas prendre les choses au pied de la lettre. L'idée que l'on voit plus de choses avec les yeux qu'avec des statistiques ne me convient pas parce que j'ai, par exemple, déjà vu des
    magiciens faire sortir des lapins de leurs chapeaux alors que je sais que les lapins n'y étaient pas 1».
    Au milieu des années 2000, les spécialistes des chiffres du football ont pris conscience avec une certaine gène que beaucoup des statistiques auxquelles ils avaient cru pendant des
    années étaient inutiles. Dans le football comme dans les autres domaines, les entreprises font avec les données qu'elles ont à leur disposition, or les fournisseurs de données ne proposaient à
    l'origine à leurs clients que des indicateurs simples comme le nombre de passes et de tacles, le nombre de kilomètres parcourus, et c'était donc sur la base de ces critères que les clubs évaluaient
    les joueurs. Il est devenu évident que ces statistiques basiques (qui apparaissent parfois sur l'écran pendant les matchs télévisés) ne signifiaient pas grand chose. Forde se souvient des
    balbutiements de la compréhension des statistiques, notamment en ce qui concerne le nombre de kilomètres courus : ? Pouvons-nous trouver une corrélation entre la distance totale parcourue et
    le fait de gagner ? La réponse était invariablement non 1». Il était possible de savoir combien de passes un joueur avait faites mais on ne disposait pas de la répartition entre longues transversales
    et passes courtes ou le joueur ne fait que pousser le ballon dans les pieds d'un coéquipier.
    Le nombre de tacles par match semble également être un indicateur apportant peu d'informations. On peut notamment penser au cas du grand défenseur italien Paolo Maldini : comme l'a remarqué I-‘orde, celui-ci ? ne faisait qu'un tacle tous les deux matchs 1». En réalité, lIIaldini se positionnait tellement bien qu'il n'avait pas besoin de tacler. Cet exemple plaide donc pour
    ne pas juger les défenseurs sur leur nombre de tacles, contrairement à ce qu'avait fait Ferguson quand il a vendu Stam. Pour I-‘leig, ? les tacles sont essentiellement une mesure de la pression que
    subit un joueur 1». Connolly, le consultant en performances, ajoute ceci : ? Les équipes qui taclent plus gagnent moins souvent. Cela est lié à la possession de balle : plus vous avez le ballon, moins
    vous taclez ».

    Quel est la valeur d'un joueur sur le marché et sur Football Manager

    Sur les premières années des statistiques dans le football, Forde reste songeur: ? Je me souviens de toutes ces réunions que nous avons eues à Bolton et à propos desquelles je me dis
    maintenant 'wow, nous avons tellement insisté sur des points qui n'étaient pas pertinents' 1». En y réfléchissant, I-‘leig conclut : ? Il y avait des indicateurs bien plus importants à creuser 1».
    C'est ce sur quoi les clubs travaillent aujourd'hui. Les plus grands d'entre eux sont parvenus à des découvertes statistiques capables de modifier le jeu petit à petit. » ont
    mis en évidence des indicateurs qui avaient de la valeur, tout particulièrement en Angleterre et en Allemagne ou les clubs s'intéressent beaucoup plus aux chiffres qu'en Italie et en Espagne.
    ? Ces informations sont confidentielles pour la plupart 1» a concédé I-‘orde à Simon. ? Le club a beaucoup investi dans ce domaine donc nous voulons garder l'exclusivité de certains résultats 1». Mais
    il faudra peu de temps pour que les quants évoquent ensemble leurs trouvailles, qui ne tarderont pas à devenir des connaissances partagées par tous dans le milieu. Par exemple, les clubs
    préfèrent maintenant regarder les distances parcourues à vitesse maximale plutôt que le nombre de kilomètres parcourus. ? Il y a une corrélation entre le nombre de sprints et le pourcentage de victoires !» nous avait dit en 2008 Daniele Tognaccini, le responsable de la préparation physique du Milan AC. C’est pour cette raison que I-‘leig s’intéresse autant aux séquences de  haute
    intensité 1» des joueurs.

    Il nous a expliqué que, méme si les fournisseurs de données mesurent cela de façon différente,  à la fin, c’est la capacité du joueur a atteindre la vitesse de sept métres par seconde qui compte 1». Si la J uventus avait su évaluer ce critére, elle n’aurait probablement jamais fait l’erreur de vendre Henry a Arsenal en i999. ? Il est tellement facile pour Henry d’atteindre les sept mètres par seconde 1» nous a concédé I-‘leig, admiratif. Le Français était pratiquement a ce niveau lors de chacune de ses courses.
    La capacité a répéter les sprints est également un indicateur crucial. Tévez, le petit attaquant de Manchester City, est un peu comme une poupée mécanique : il sprinte, s’effondre
    quelques instants, puis sprinte a nouveau peu de temps après. ? Quand nous voulons presser vers l’avant, nous pouvons compter sur le rendement physique de Carlos et nous savons qu’il est
    capable de faire ça pendant un peu plus de 90 minutes 1». Méme s’il n’en a pas fait mention, I-‘leig sait que Sergio Agüero, le successeur de Tévez, effectue beaucoup moins de courses défensives :
    toute l’équipe doit travailler plus dur pour permettre a Agüero de marquer des buts.
    Les quant: arrivent également a mieux évaluer les gardiens. Auparavant, les clubs les classaient simplement selon le taux de tirs qu’ils parvenaient a arrêter. Cette méthode avait
    toutefois l’inconvénient de favoriser les gardiens des grands clubs qui peuvent compter sur des défenses serrées et qui reçoivent donc une proportion plus forte de tirs provenant de l’extérieur de la
    surface de réparation et donc plus faciles a capter. Les classements de gardiens ont eu plus de sens a partir du moment ou les clubs n’ont comptabilisé que les tirs provenant de l’intérieur de la
    surface.
    Les statisticiens utilisent désormais d’innombrables métriques pour jauger le niveau des gardiens. Les employés d’0pta nous ont notamment montré sur leurs écrans une analyse
    réalisée par la Columbia University de New Yorl: portant sur les gardiens de rœmierLeague pour la saison 2009-2010. En particulier, Columbia a comptabilisé combien de ballons chaque
    gardien avait reçu et leur provenance, la force des frappes et la proportion de tirs arrêtes. Leurs résultats étaient surprenants puisque le premier de leur classement était Craig Gordon, gardien de
    Sunderland et de l’équipe d’Écosse. Le deuxiéme du classement était J ose Reina de Liverpool et le troisiéme Heurelho Gomes de Tottenham (l’un des recrutements de Comolli, plus tard relégué sur
    le banc des remplaçants par le club). Alors que les meilleurs gardiens de la liste provenaient des quatre coins de la planéte, les derniers étaient de jeunes gardiens anglais : David J ames, Paul
    Robinson, Robert Green et Chris Kirlxland. Peut-étre le football anglais devrait-il songer a repenser la formation de ses gardiens (méme les États-Unis semblent mieux faire en ce domaine).
    Tous les clubs ne s’intéressent évidemment pas aux mémes statistiques. Certains managers demandent méme aux fournisseurs de données des statistiques faites sur mesure : par
    exemple, combien de joueurs sont postés sur chacune des parcelles du terrain lors des corners. Les statistiques en vogue ne sont pas non plus les mémes selon les pays. D’aprés Cooney, de
    l’entreprise Opta, les clubs italiens n’utilisent pas le concept de ? tacle 1». Les clubs allemands, eux, adorent ce qu’ils appellent les ? duels 1» entre joueurs, ils en cherchent méme la ou il n’y a pas de
    ballon. Les fournisseurs de données ont, d’ailleurs, travaillé a rendre plus faciles d’utilisation leurs bases de données. Par exemple, il est désormais possible d’identifier l’arriére-droit de
    deuxiéme division allemande qui correspond le mieux a tout un tas de critères, puis de cliquer sur un bouton pour visionner une vidéo de toutes les passes transversales qu’il a faites le mois
    précédent. Autre possibilité : imaginons que vous soyez cadre a Liverpool et que vous recherchiez le prochain Steven Gerrard, il suf?t de demander a l’ordinateur d’af?cher les milieux de terrain
    de moins de 23 ans évoluant en Europe et dont les caractéristiques se rapprochent le plus de lui.
    Petit a petit, la révolution des statistiques dans le football progresse. Aprés sa réussite dans le baseball (les New Yorl: Yankees ont recruté 2i statisticiens il y a peu de temps) et son
    extension a presque tous les sports de balle, l’utilisation intensive des statistiques arrive dans le football européen précédée d’un certain prestige. D'ailleurs, celles-ci deviennent de plus en plus
    utiles. Tout comme ils ont appris a dissocier les sprints des autres formes de course, les clubs se sont mis a distinguer les passes efficaces des passes en retrait sans intérêt. Sur l’écran de
    Carrington, I-‘leig a fait apparaître pour nous une liste de joueurs de City classés par le nombre d’occasions qu’ils avaient créées. Un nom ressortait : David Silva avait été le passeur sur 30 96
    d’occasions de but (qu’elles aient mené a un but ou pas) de plus que n’importe quel autre de ses coéquipiers.

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